lundi 25 octobre 2010

Pourquoi tant de cassage de pipes chez les imprimeurs ?

Nous le savons tous, le métier de l'imprimerie pleure d'une manière générale, et ce depuis... longtemps. On peut donc légitimement se demander pourquoi et comment notre branche se retrouve dans une si mauvaise passe. Je vais ainsi tâcher d'apporter une modeste contribution au travers d'un petit billet "économisant".

Pour pouvoir comprendre l'évolution du métier, remontons dans le temps.
Jusqu'aux années 80 pour être précis. Avant cette période, l'imprimerie vivait un bel âge. L'imprimeur était encore quasiment un notable, du moins une personnalité.
Le métier était considéré comme noble, il procédait de la transmission de la pensée, de la culture, etc. Bref : un chouette type ! Les imprimeurs ne manquaient pas de boulot, la vie était belle.

Puis 2 événements majeurs se sont produits à la fin des années 80 :

1 - la loi de financement des partis politiques
2 - la guerre du golfe

Le rapport est évident ma bonne dame :

Pour la loi de financement, ce n'est un secret pour personne que jusque là, les partis avaient une comptabilité plus proche de la colossale plaisanterie que d'autre chose. Et tous ces braves politiques achetaient un peu tout et n'importe quoi à n'importe quel prix. Ils commandaient des affiches bleues, elles étaient livrées vertes, mais ce n'était pas grave, c'était joli aussi ! Le tout assorti de belles valises remplies de non moins jolis Pascals...

Et puis, crac ! Loi de financement. Et quand on sait le volume que représentent les élections, on imagine aisément que ca a fait mal à beaucoup d'imprimeurs.

Pour la guerre du Golfe, c'est encore plus simple : quel est le premier budget que l'on rogne en temps de crise (après la culture) ? La communication bien sur ! Et donc, par effet ricochet, le volume imprimé. Et repatatra pour les imprimeurs qui en ont énormément souffert.

On s'est donc retrouvé avec un volume d'achat considérablement tronqué, et le même nombre d'imprimeurs...

Évidemment, nous devons également prendre en compte l'évolution de la technologie.
Avec des conséquences aussi agréables au quotidien pour le métier, que dramatiques économiquement parlant pour les imprimeurs traditionnels.

L'informatique et l'automatisation des machines ont eu 2 effets principaux :

1- La vitesse de calage offset a drastiquement réduit, tout compris entre le temps de fabrication des plaques, et la première bonne feuille, on peut s'en sortir en 30 minutes pour 1 seule personne. Je ne pense pas me tromper en disant qu'il fallait 2 heures il y a 30 ans. Moralité : chaque machine imprime beaucoup plus qu'avant (ou disons du moins qu'elle est beaucoup plus disponible).

2- La vitesse de production a largement doublé en 15 ans. Moralité : une seule machine produit largement le triple de ce qu'elle produisait il y a 30 ans.

La capacité de travail a donc grosso modo triplé.

Enfin, ajoutons à cela la bien connue mondialisation et l'ouverture à des pays à fiscalités différentes des nôtres provoquant des écarts de prix mécaniques évidents. Comme chacun le sait, le polonais ou le chinois coûtent moins cher que le français.

On assiste donc à cet effet intéressant :
Moins de volume à traiter, des machines plus performantes, du travail qui part à l'étranger. Ça commence à faire beaucoup, non ?

Finalement, je voudrais rajouter un dernier élément plus pernicieux : le numérique.
Aujourd'hui il semble facile de devenir imprimeur. En effet, il n'y a rien de plus simple au premier abord que de faire tourner une presse numérique surtout à encres solides, ca ressemble ni plus ni moins à une grosse photocopieuse.
En plus de cela, ces machines sont bien moins coûteuses à l'achat que des presses offset (logique dans la mesure où les constructeurs se rattrapent sur les consommables). Mais elles sont donc plus simples à financer. Ce qui explique la prolifération des "imprimeurs numériques" qui sont imprimeurs comme je suis plombier zingueur... Mais j'y reviendrai de façon plus détaillée dans un prochain billet.

Moralité de cette petite démonstration :
Moins de volume à traiter, des machines plus performantes, du travail qui part à l'étranger et un peu n'importe s'improvisant imprimeur... Tout cela fait donc mécaniquement chuter le volume par par tête de pipe...

De tout cela je fais en plus abstraction de nos amis sur Internet, qui, à mon avis offrent une prestation très différente de celle d'un imprimeur traditionnel (mais sur ce point là, je reviendrai également).

Nous sommes donc aujourd'hui trop nombreux pour le travail à fournir, il n'est que logique que beaucoup tombent, malheureusement.

A bon entendeur ;)

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